
Plein(s) Écran(s) se poursuit pour une quatrième journée. Une journée solide avec 4 courts métrages qui se démarquent.
Une sélection de films un peu plus délicate cette fois-ci. On regarde ça.
Compétition québécoise
Trois ami·es prennent la route vers leur ville natale alors que Sasha, se remettant de sa chirurgie d’affirmation de genre, rêve de se baigner torse nu à la plage de son enfance.

Avec Anyway, j’pisse assis, Zak Slattery offre un road movie tout en douceur qui traite de l’anxiété que cause le retour à la maison pour une personne trans.
Le sujet est chaud et chaque fois qu’un film est réalisé sur le sujet, on ne sait pas trop comment ça passera. Personnellement, je fuis un peu ces films depuis un certain temps, car il y en a beaucoup depuis 2 ou 3 ans et souvent, c’est fait un peu n’importe comment. Mais ici, on n’a pas l’impression que le sujet est obligé. L’histoire est bien écrite, les personnages sont intéressants malgré qu’ils manquent un peu de profondeur et le rythme est bon.
Les discussions tournent autour des sentiments que provoquent le retour au village natal plutôt que sur ce que c’est que d’être une personne trans ou sur la façon de s’adresser à une personne qui a changé de sexe. Pour une fois, on fait passer l’histoire avant le militantisme, et c’est tant mieux.
Ce petit film pourrait être une belle façon d’offrir un premier contact avec la réalité trans aux personnes qui n’y ont jamais été exposées.
Sous un ciel estival ardent, Chloé, Jenny et Guénille partagent une dernière glace au bar laitier du coin. C’est une chronique animée poétique sur l’amitié d’enfance, ses défis face à l’adolescence et aux premières ruptures d’amitié.

Avec Crème à Glace, Rachel Samson offre un film sur le passage de l’enfance à l’adolescence et aux ruptures qui viennent parfois avec.
Animation très simple au niveau de la forme, Crème à glace offre une vision brute du rejet. Le passage du primaire au secondaire est parfois brutal et les lendemains peuvent faire mal à celle ou celui qui se retrouve abandonné par ses amis d’enfance. C’est ce que montre la réalisatrice avec l’histoire de ces deux filles.
La simplicité de l’animation contraste bien avec la complexité du changement d’attitude de Jenny envers la pauvre Chloé. L’image tracée au crayon noir sur fond beige laisse comprendre le côté banal de la situation, comme pour faire comprendre que ce genre de choses arrive souvent, régulièrement.
Les voix complètent le tableau, marquées par les hésitations dans les échanges entre les deux filles. Le genre d’hésitation qu’on a lorsqu’on essaie de ne pas trop blesser une personne tout en sachant bien que c’est ce qui arrivera. On l’hésitation qui vient lorsqu’on veut retenir notre colère pour ne pas rendre la situation encore plus périlleuse.
Une belle réussite et une jeune réalisatrice à suivre.
Si la force d’un agresseur réside dans le silence de sa victime, la prise de parole est de cette dernière une arme indispensable pour qu’elle parvienne à s’en défaire. Après le silence commence alors la libération.

Avec Después del silencio (Après le silence), Mathilde-Luna Perotti offre un testament, montrant que la prise de parole est souvent la meilleure façon de reprendre le contrôle sur sa vie après une agression.
Pour un tout premier film, il aurait été difficile de frapper plus fort. La jeune réalisatrice creuse dans sa propre douleur pour lancer un cri du cœur pour que s’arrête l’accusation contre les victimes. Encore aujourd’hui, des fillettes, des jeunes adolescentes, des femmes, se font dire que si elles ont été agressées sexuellement, c’est plus de leur faute que de celle de l’assaillant.
La réalisatrice utilise des images de son enfance pour illustrer son récit, celui d’une femme qui tente de se sortir de la douleur d’une agression qu’on lui a appris à taire. Le moment fort du film vient lorsque la jeune femme parle avec sa grand-mère. Elle veut simplement que sa grand-mère lui dise que ce n’est pas de sa faute à elle, elle qui était encore une enfant lorsque son oncle à abusé d’elle. Mais à la place, la vieille femme lui explique que ce n’est pas la faute de son fils, et qu’en tant que femme (enfant fille), elle aurait dû être plus prudente. Qu’elle aurait dû savoir que c’était à elle de faire attention, et non pas à son oncle de ne pas agresser une fillette.
Le film alterne entre les images d’archives et les plans fixes actuels. Les images, bien choisies, rendent les mots encore plus forts. La réalisatrice y ajoute des images et des mots provenant de marches de femmes et d’alliés manifestant pour que les lois et les règles changent en Amérique latine.
Ce film n’est pas facile à regarder, mais il faut qu’il soit vu, car, encore aujourd’hui, il y a des gestes et surtout des attitudes qui ne devraient plus exister.
Dans un monde surréaliste, une société secrète de dames appelées « Les dames du bingo » nomment périodiquement leur cheffe lors de parties de bingo. Miss Geneva entend s’accrocher au pouvoir en profitant d’un orphelin autiste pour tricher, mais les choses ne se dérouleront pas comme prévu en cette soirée fatidique.

Avec The bingo Sisters, Andrew Przybytkowski offre un film qui mélange absurde et politique afin de créer un court métrage étrangement captivant.
Des films qui misent sur l’absurde pour faire rire ou réfléchir, il y en a une bonne quantité. Mais des films qui utilisent l’absurde dans un genre de thriller politique, c’est plutôt rare. Je dis « genre de thriller politique » parce que ce n’est pas tant un film politique qu’une histoire de confréries ou de vieilles femmes en quête de pouvoir.
Vous comprenez sûrement que c’est plutôt difficile de traiter d’un film comme celui-ci. Je pourrais vous parler de l’image qui est belle, ou des actrices qui sont plutôt bonnes, mais au final, ce n’est pas tant ça l’important. Ce qui rend ce court métrage si bon, c’est son ton, la façon de traiter du sujet, la méthode employée par le réalisateur pour garder le spectateur au bout de son siège malgré la situation complètement ridicule qu’il montre.
Voici, jusqu’à maintenant, mon coup de cœur du festival.
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