
Est-ce que Pleins Écrans est en manque de propositions de films? La question se pose puisqu’on retrouve ici deux films sur 4 qui ont déjà été projetés au festival. Dont une qui date de 2019…
Une sélection de 4 films qui « fesse », c’est peu. L’équipe de sélection n’était pas en mesure de trouver 4 films récents qui pouvaient s’inscrire dans cette catégorie? Oui, S.D.R. est un magnifique film. Mais il date d’il y a 6 ans, et Nuit blonde a été présenté l’année dernière à ce même festival.
Si le festival n’est pas en mesure de trouver 4 courts métrages qui osent, on peut se questionner sur la pertinence de cette projection. D’autant plus que j’aurais pu facilement en trouver deux plus récents qui n’ont jamais été présentés à Plein(s) Écran(s). En tout cas… Voici les 4 œuvres qui sont offertes aux festivaliers cette année.
Pour soutenir sa mère au Mexique, Angel, un danseur nu, transforme le web en sa nouvelle scène.

Avec 0004NGEL, Eli Jean Tahchi offre un triste regard sur le travail du sexe dans un contexte où la personne qui travaille ne le fait pas par plaisir.
Ce documentaire aux allures de fiction montre un côté plus malsain de l’univers des travailleurs du sexe. Dans les dernières années, on a vu un plus grand nombre de films qui montrent ce monde de façon plus positive. Ici, on revient en arrière en montrant que certaines personnes, malgré que ce soit un choix, ne le font pas par plaisir, mais uniquement pour l’argent.
Dans le cas présent, on peut comprendre, puisque le personnage tente d’aider sa mère financièrement. Comme le film est un documentaire, il aurait été pertinent d’expliquer pourquoi il a fait ce choix. Est-ce qu’il est illégal? Est-ce qu’il a un permis de travail? Est-ce qu’il n’arrive pas à ce trouver un travail plus régulier? Parce que travailler dans le monde du sexe, c’est bien seulement si on le fait par désir et par plaisir. Sinon, comme ça semble être le cas ici, ça devient toxique.
Je disais que le film ressemble à une fiction. C’est probablement dû au fait que jamais 0004NGEL ne parle à la caméra, et jamais on ne voit un seul intervenant. Le résultat est un film respectable, mais qui aurait dû cruiser un peu plus l’histoire du personnage.
Au contact des culturistes du Boa Gym, un jeune moine renoue avec la puissance de son enveloppe charnelle et entreprend une transformation radicale.

Avec Boa, Alexandre Dostie propose un film intrigant, mais incomplet.
Comme le disait Marco Spagnoli lorsque nous avons discuté en 2019, dans le cadre d’Italie tout court!, certains sujets sont faits pour des courts métrages, et d’autres non. Faire un court métrage simplement pour en faire un, ça n’apporte rien. Malheureusement, c’est un peu le cas ici. Le problème, ce n’est pas la qualité du film. C’est plutôt sa durée. Lorsque le film se termine, on reste sur notre faim. On termine avec cette fâcheuse impression d’un coït interrompu.
Pourtant, le film offre de belles choses. Par exemple, l’utilisation d’une fausse narration renforce l’idée que les hommes sont enfermés dans un lieu de silence. La présence du serpent pour représenter la tentation est aussi une belle touche. Puis, le fait que le personnage principal ne prononce pas un mot avant le tout dernier plan est aussi une excellente idée.
Est-ce que Dostie voulait utiliser l’occasion de faire ce court métrage pour vendre l’idée à des producteurs afin d’en faire un long métrage? Je l’espère, car sinon, Boa restera une belle occasion manquée. Ce qui serait dommage puisque l’idée est originale et le film est habilement tourné.
Victor ne se plaît pas dans sa résidence pour adultes autistes. Pour éviter la disco du vendredi, il sort faire une marche dans le quartier puis il tombe sur un jeune prostitué.

Victor ne se plaît pas dans sa résidence pour adultes autistes. Pour fuir la routine de la disco du vendredi, il s’évade le temps d’une marche nocturne et croise le chemin d’un jeune prostitué.
Avec Nuit blonde, Gabrielle Demers signe une œuvre qui cultive un inconfort persistant. Il est rare de voir des adultes autistes portés à l’écran dans une fiction; la réalisatrice ose non seulement ce portrait, mais elle le confronte à l’univers trouble de la prostitution. Ce mariage thématique est judicieusement choisi pour créer une intrigue intrinsèquement dérangeante.
Toutefois, une zone d’ombre persiste quant aux intentions réelles du film. Navigue-t-on dans la dénonciation d’un abus ou dans la simple démonstration que les désirs sexuels n’épargnent personne? Ce flou narratif laisse un arrière-goût amer. On en ressort avec l’impression troublante que l’agression est banalisée, voire justifiée par le plaisir que Jessy finit par procurer à Victor. C’est un positionnement éthique qui fait sourciller, car clairement Victor n’est pas réellement en mesure de donner un consentement éclairé. On aurait pu faire le même film en remplaçant Victor par une jeune adolescente. Mais là, clairement, on aurait hurlé…
Sur le plan technique, le film est irréprochable. Les performances sont d’une justesse remarquable et la direction photo est tout simplement sublime. Il ne reste plus qu’à digérer cette sensation d’étrangeté qui nous colle à la peau longtemps après le générique…
…
Le travail sur l’ambiance nocturne vient renforcer l’isolement de Victor, rendant la rencontre avec l’autre d’autant plus violente. Est-ce un film nécessaire pour briser les tabous ou une œuvre dont l’ambiguïté frôle le glissement dangereux? Le débat est ouvert.
S.D.R. est un court-métrage de fiction qui utilise les codes des vidéos A.S.M.R. pour se raconter.

Avec ce court métrage, la cinéaste repousse à nouveau les frontières de l’expérimentation visuelle. En misant sur une conception sonore d’une finesse chirurgicale et un usage brillant du split-screen, S.D.R. transcende la simplicité de son récit pour devenir une expérience purement hypnotique.
Alexa-Jeanne Dubé explore ici son sujet de prédilection : l’intimité. Porté par une narration envoûtante et une esthétique qui rappelle les codes du ASMR, le film délaisse les dialogues traditionnels au profit du geste et de la texture sonore. Une œuvre sensible qui ne demande pas seulement d’être regardée, mais d’être pleinement écoutée.
Ce film qui date de 2019 reste pleinement actuel et montre à quel point Alexa-Jeanne Dubé est une cinéaste pertinente.
© 2023 Le petit septième