
Je poursuis ma couverture de Plein(s) Écran(s) avec 4 autres films québécois en compétition. Avec encore une fois 4 films très différents, il devrait y en avoir pour tous les goûts.
De superbe à pas trop bon, les 4 œuvres au programme varient aussi en qualité. Je vous les présente avec ma courte analyse de chacun.
Alors que sa journée de travail s’achève, un employé de bureau de 45 ans croise le regard énigmatique d’un chimpanzé, initiant un échange silencieux qui le pousse à prendre une décision irréversible.

Avec A dying tree, Vincent René-Lortie propose un film expérimental qui mélange le noir et blanc et la couleur, le film narratif et la chorégraphie du mouvement. Une œuvre déstabilisante, mais réconfortante à la fois.
Entre les séquences sans couleurs de la ville et les verts de la forêt, ce film laisse le spectateur dans un état d’incertitude. Le personnage, cet homme, que fait-il? Qui est-il? Est-ce une transformation, ou est-ce plutôt une mue? Beaucoup de questions montent à la surface. Mais ces questionnements sont en quelque sorte supplantés par la curiosité et la beauté qui s’offrent à celui qui prend le temps de regarder.
Pas un mot n’est prononcé dans ce court métrage. Il n’y a pas de musique. Plutôt, des sons, laissant croire à une sorte de chorégraphie du mouvement. Un film dur à expliqué, mais un qui ravit.
Le film Cher Zoscar est une correspondance entre le désir de créer et la vie qui t’avale. De quoi du genre.

Avec Cher Zoscar, Sarah Toussaint-Léveillé propose une œuvre forte sur la procrastination, les excuses, les empêchements, les idées, les défaites. De quoi du genre. 😉
Rarement un cinéaste (ou une cinéaste) réussit à mettre autant de choses dans un film de 2 minutes sans que ça devienne un fouillis, un bordel. Et pourtant, lorsqu’on regarde le film de Sarah Toussaint-Léveillé, ça semble si facile.
Avec cette œuvre, elle illustre merveilleusement bien comment un créateur peut parfois se sentir et comment tout ce qui l’entoure peut devenir une raison de ne pas créer. Pas par paresse (pas nécessairement), ni par manque de talent. Parfois, juste parce que c’est difficile de se plonger à fond dans un projet, même si celui-ci nous passionne. Est-ce la peur de l’échec? Peut-être. Mais je m’égare.
C’est donc en utilisant des images d’archives que la jeune réalisatrice explique comment l’environnement peut l’aider à ne pas avancer dans ses projets. Ce film tout simple – des photos d’archives et une narration – est une œuvre forte, pertinente et amusante. Voici une belle preuve qu’il ne faut pas un long film ou un grand budget pour offrir quelque chose de bon et de pertinent.
La rencontre de différents donateurs d’un centre d’archives queer nous révèle les couleurs et l’histoire de la communauté LGBTQIA2S+ montréalaise.

Avec Emboîter leurs pas, Manuel Pirón propose un documentaire très classique dans sa forme, sur l’histoire LGBTQ d’un point de vue de l’archivage.
Je comprends l’intérêt de ce genre de film. Il y a une histoire à faire connaître. Mais, en même temps, je crois qu’il y a de meilleures façons de raconter ces histoires. Bien que de montrer ce couple gay qui fut le premier à pouvoir se marier légalement au Québec, en mentionnant que leurs habits de mariage ont été légués à un musée, est un clin d’oeil amusant, je ne vois pas vraiment en quoi mettre ça au centre d’un documentaire est pertinent, en 2026.
Même chose pour l’histoire de ces deux femmes qui ont été les premières à ouvrir un bar lesbien. C’est une histoire qui vaut la peine d’être mentionnée, puisque ça a une certaine importance historique, mais de mettre ça dans un film si court qui consiste principalement à montrer que leurs disques ont été légués à des archives, ça me semble une belle occasion manquée.
La partie la plus intéressante est celle de kimura byol lemoine, bébé coréen, adopté par des Montréalais, qui est retourné en Corée pour y réaliser qu’elle aimait aussi les filles. Faites-moi un film d’une vingtaine de minutes juste sur son histoire à elle. Il y a certainement plus à dire en faisant un portrait de cette personne qu’en divisant un documentaire de 20 minutes sur 3 entités. Aussi, mentionner et montrer l’archivage de tout ce qui touche aux communautés queer est intéressant, mais de là à en faire le sujet central d’un film, j’ai mes doutes.
Le résultat n’est pas totalement mauvais. Mais à quel point le résultat est pertinent, ça je n’en suis pas certain.
Salem, en crise de dépersonnalisation, parcourt la route 132 à vélo. Elle évite tout contact humain jusqu’à Douglastown, où se trouve l’objet de son obsession : un vieux pick-up acheté sur Kijiji dans le but de se suicider au Parc Forillon.

Avec Salem sur la route, Étienne Galloy offre un film inégal qui passe à côté d’une belle idée de base. Un film qui se perd entre drame et comédie.
L’idée était intéressante. La livraison l’est beaucoup moins. Il y a une grande inégalité dans la trame du récit. Lorsqu’on se concentre sur Salem, on marche dans un drame lourd, suivant le dernier voyage d’une personne qui veut mourir. Mais tous les personnages qui l’entourent sont caricaturés et font décrocher la tension. Si c’est voulu, c’est une grande erreur. Si ce n’est pas l’objectif, c’est un manque de talent au niveau de la direction d’acteurs et des prestations de ceux-ci.
C’est un peu comme si le réalisateur avait voulu faire une œuvre sur le profond mal-être d’un personnage, mais qu’il avait manqué de courage pour aller jusqu’au bout. Comme — et c’est probablement cela le plus ironique — une personne qui veut se suicider, mais qui manque de conviction pour y parvenir.
On se retrouve donc avec un film qui ne livre pas la marchandise et qui est ma première réelle déception du festival.
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