Barbie boomer

Barbie Boomer – Une maison de poupées

« Le monde adulte, c’est pas si le fun que ça. »

Affiche Barbie Boomer_finale

Dans le cadre de sa démarche documentaire, le cinéaste indépendant Marc Joly-Corcoran s’est beaucoup intéressé au phénomène des superfans. Ses films nous présentent ces gens – collectionneurs, « cosplayeurs », habitués de conventions – qui consacrent une bonne partie de leur vie à la vénération de franchises issues de la culture pop. Son long-métrage Que le fan soit avec toi, qui m’avait charmé, suivait quatre adorateurs de l’univers Star Wars dans leur quotidien. 

Deuxième opus de ce qu’on espère être une trilogie sur le sujet des fans, Barbie Boomer met en vedette Sylvie Longpré, cousine du réalisateur et probablement la plus grande amatrice de poupées Barbie au Québec. Grâce à son lien privilégié avec la protagoniste, Joly-Corcoran offre un film chaleureux sur le fait de garder son cœur d’enfant; le genre de projet qui fait du bien alors que l’actualité se fait toujours plus morne.    

Une passionnée

Une des grandes forces du long-métrage est sa protagoniste, à laquelle on s’attache dès les premières minutes de visionnement. Comment ne pas être charmé par Sylvie? Elle qui arbore une chevelure blonde platine et des vêtements rose bonbon, qui se déplace en voiture sport, qui reçoit une tronçonneuse électrique pour la St-Valentin et qui possède une collection de plusieurs centaines de Barbie. Le réalisateur a mis la main sur la boomer la plus cool du pays! 

Le côté enjoué de Sylvie sert bien le propos du film. En effet, comme il le faisait dans Que le fan soit avec toi, le cinéaste offre un portrait fascinant des fandoms, qu’il présente comme des communautés tissées serrées où les individus peuvent échapper un temps aux difficultés du monde réel. Les deux documentaires rappellent l’importance de conserver son sens de l’émerveillement. 

Barbie boomer

À ce sujet, une scène marquante de Barbie Boomer montre Sylvie en train de discuter avec son amie Linda – une autre collectionneuse – qui est malheureusement atteinte du cancer. Par un procédé de montage simple, mais efficace, le réalisateur laisse une partie de la conversation se dérouler en voix-off, alors que Linda détaille les opérations qu’elle va devoir subir. Il juxtapose cet extrait sonore à un plan montrant la dame au milieu du placard où elle garde tous ses accessoires Barbie, comme si elle s’y réfugiait mentalement durant ces moments angoissants. D’autres scènes révèlent que Sylvie utilise également sa passion pour les Barbie comme un ancrage existentiel, sa collection représentant à la fois un lien avec sa jeunesse et un legs qu’elle souhaite laisser derrière elle. 

C’est d’ailleurs pourquoi une bonne partie de l’intrigue du documentaire tourne autour des démarches de Sylvie pour céder quelques-unes de ses poupées au Musée de la Civilisation de Québec, ce qui finit par fonctionner. 

On sent qu’il était important pour le réalisateur de structurer le film autour de ce don, lui qui traite le fait de collectionner des souvenirs Barbie – ou Star Wars – avec le plus grand sérieux. Il est tout à fait dans son élément quand vient le temps de filmer les encans où les fans s’échangent des items ou les étals où sont disposées les trouvailles.  Et lors des scènes qui ont lieu au musée, il prend plaisir à cadrer dans le même plan les Barbie de Sylvie et des objets historiques précieux, montrant que la culture pop a parfois autant d’importance que la culture savante. Cette idée est au cœur du cinéma de Joly-Corcoran. 

Le film a un aspect sociologique assez prononcé, c’est pourquoi il s’intéresse autant à l’importance qu’ont eue les Barbie pour les fillettes ayant grandi dans les années ’60-’70. Que le fan soit avec toi traitait de la génération X, Joly-Corcoran s’intéresse cette fois aux boomers. Il décortique comment la poupée iconique de Mattel témoigne de l’évolution des mentalités et des changements dans les habitudes de consommation après la Seconde Guerre mondiale. 

Bien entendu, le film ne nie pas les aspects plus négatifs associés à cette poupée.

« Capitaliste », « consumériste », « néolibérale » ne sont que quelques-uns des mots que l’on entend à son sujet de la bouche de l’actrice Jacqueline van de Geer, qui interprète une universitaire particulièrement critique de Barbie. À travers ce personnage, Joly-Corcoran aborde les reproches qui sont le plus souvent adressés à Mattel et aux stéréotypes que ses produits disséminent. Mais même cette intellectuelle guindée admet que la collection de Sylvie a sa place dans un musée. 

Après tout, Barbie est probablement le jouet le plus iconique du XXe Siècle et, à ce titre, elle fait partie du patrimoine matériel de l’Humanité. Comme nous le rappelle le documentaire, c’est pour cette raison qu’elle mérite d’être exposée. 

Barbie Boomer - Une passionnée 2

Notons que le personnage de van de Geer parle allemand, clin d’œil aux origines de Barbie, qui est inspirée d’un personnage du journal Bild Zeitung. Le réalisateur semble s’être amusé en rédigeant de grands discours érudits dans la langue de Goethe. Le reste de la mise en scène est tout aussi ludique, avec sous-titres roses, ses jeux sur les jump cuts et son occasionnelle surenchère de couleurs pastel, qui donne l’impression que certains plans sont tournés dans des décors de plastique. 

En dehors des aspects plus colorés de sa réalisation, Joly-Corcoran privilégie une caméra légère et furtive, typique d’une approche de type cinéma direct, qu’il maitrise à la perfection. Il privilégie également les plans rapprochés sur les visages des Barbie, comme si ces dernières suivaient du regard les actions de Sylvie. Cette dernière les considérant comme de vraies personnes, ce choix est cohérent et aide à dynamiser la trame visuelle, qui repose beaucoup sur le fait de filmer des objets inanimés. 

Le long-métrage se termine dans la douceur, alors que le Musée de la Civilisation a accepté le don de Sylvie et que ses poupées sont scellées dans les archives. Une conclusion satisfaisante pour la protagoniste, qui a parfois été ridiculisée dans les médias pour sa passion, notamment par Paul Arcand. D’aucuns pourraient se demander comment quelqu’un qui a fait l’essentiel de sa carrière au 98,5 FM peut se permettre de mépriser qui que ce soit, mais je digresse. 

Si elle n’a pas subi un traitement aussi mesquin que le Star Wars Kid, Sylvie a néanmoins été victime d’une culture médiatique qui comprend mal l’importance de la culture pop pour les individus et qui méprise la vulnérabilité. Il est plaisant de voir que les mentalités commencent à changer et des projets comme ceux de Joly-Corcoran ne peuvent qu’aider. 

Barbie Boomer a été présenté en première mondiale lors de l’édition 2025 du festival Fantasia et sortira en salle, à Joliette le 21 janvier (cinéma RGFM), à Repentigny le 26 janvier (Théâtre Alphonse-Desjardins), à Beloeil le 29 janvier (cinéma RGFM) et au Cinéma Moderne le 15 février, en formule ciné-rencontre. 

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
Barbie Boomer
Durée
78 minutes
Année
2025
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Marc Joly-Corcoran
Scénario
Marc Joly-Corcoran
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
Barbie Boomer
Durée
78 minutes
Année
2025
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Marc Joly-Corcoran
Scénario
Marc Joly-Corcoran
Note
8 /10

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