« Anxious people are the best in bed. You know why? They try harder! »
[Les gens angoissés sont les meilleurs au lit. Tu sais pourquoi ? Ils font plus d’efforts!]
Dans A Nice Indian Boy, adaptation filmique par Roshan Sethi de la pièce de théâtre éponyme de Madhuri Shekar, un trentenaire américain d’origine indienne tombe follement amoureux d’un « jeune Indien charmant », mais il a du mal à annoncer le mariage à ses parents plus traditionnels. Non seulement parce que ceci leur montrerait une homosexualité vécue dont ils ne savaient l’existence qu’en théorie, mais aussi parce que l’homme élu, adopté par des Indiens, est blanc et mène une vie plutôt bohémienne…
Naveen (Karan Soni) rêve du mariage indien classique – les grands gestes, les couleurs, la fête exubérante – et c’est par un tel mariage, celui de sa sœur Arundhati (Sunita Mani) avec un homme indien parfait, beau et bientôt orthopédiste, que s’ouvre le film. Or, Naveen n’est pas le protagoniste de cette fête. Comme toujours, il observe le bonheur des autres seul depuis sa chaise à côté des vieillards qui lui disent d’un ton encourageant : « Toi, tu seras le prochain, tu verras! »
Quelques années plus tard, il n’était toujours pas « le prochain » et Naveen, bien qu’ayant réussi au niveau professionnel comme médecin, cherche toujours sa meilleure moitié. Les messages audio qu’il envoie le soir à ses diverses rencontres amoureuses se veulent drôles, mais ils révèlent la déception et la frustration du protagoniste qui semble ne pas pouvoir établir une relation plus profonde et longue avec l’un de ces hommes : « Guess you’ve been eating an apple a day because you’ve kept this doctor away [Je suppose que tu as mangé une pomme par jour puisque tu as gardé ce docteur à distance, hein?].
La situation change lorsque Naveen rencontre un homme très attirant au temple et qu’il le revoit peu après à la clinique : Jay (Jonathan Groff), un photographe indépendant, est censé prendre le personnel médical en photo. C’est fait, la magie de l’amour les a pris… Ainsi s’ouvre le premier des cinq chapitres du film – le premier acte de leur conte de fées personnel : « Chapitre I : le garçon ». Jay est beau, grand et séduisant. Il mène une vie différente de celle de Naveen. Il côtoie des artistes, prépare des expos, vit ses émotions en toute intensité. Mais lorsque Jay l’invite à regarder son film préféré au cinéma, le classique indien Dilwale Dulhania Le Jayenge, Naveen, qui est tout aussi fasciné qu’irrité par son altérité, est surpris de voir que la foi et la culture indiennes jouent également un rôle primordial dans la vie de Jay. Ce dernier ne semble pas Indien par la couleur de sa peau, mais après quelques échecs dans sa prime enfance il a été adopté par un couple indien aujourd’hui décédé. Quand on entend Jay entonner la chanson du film en sortant du cinéma au vu et au su de tous – ce qui rend Naveen, qui est plus timide et renfermé, mal à l’aise –, on sent que c’est quelqu’un qui a dû vivre les deux faces de « la grandeur de l’amour « (the bigness of love) : la perte de ses parents biologiques, la mort de ses parents adoptifs, mais aussi la vivacité électrisante de l’amour : « I think we’re all embarrassed by the bigness of love. » [Je pense qu’on est tous gênés par la grandeur de l’amour.]
Naveen est épris par ce jeune photographe, tout comme il est déstabilisé par leurs contrastes – j’ai trouvé géniales dans ce contexte les conversations ultérieures à la clinique avec son collègue de travail et meilleur ami qui sont parsemées par des coupures raffinées dans le rendez-vous amoureux. Le va-et-vient rapide entre la rencontre amoureuse et l’échange amusant entre amis – le seul sujet de discussion étant bien sûr Jay – illustre très bien le caractère palpitant de la première phase de l’amour.
Chaque amour, chaque conte de fées, connaît un obstacle, un ennemi. Pour notre jeune couple, c’est la famille de Naveen qui rend les choses plus compliquées (Chapitre III : la famille). Ensemble depuis un certain temps, Naveen n’a toujours pas présenté son grand amour à ses parents, ce qui offense et blesse Jay. Naveen s’excuse en lui expliquant de ne jamais avoir présenté ses copains à sa famille puisque cette dernière est, en théorie, au courant de son homosexualité, mais il n’est pas sûr qu’elle soit prête à le voir vivre son orientation sexuelle devant leurs yeux : « They obviously know that I’m gay, they have just never seen me be gay. [Ils savent bien entendu que je suis gai, mais c’est juste qu’ils ne m’ont jamais vu être gay.]
Lorsqu’ils se fiancent, Naveen ne peut plus retarder la rencontre qu’il envisage avec autant d’appréhension qu’il demande à Jay d’être moins authentique et de montrer une version plus formelle de soi-même (ce qui veut dire de ne pas vaper dans la maison parentale).
Megha (Zarna Garg) et Archit (Harish Patel), quant à eux, n’ont pas de grandes attentes envers leur futur gendre. Ils sont soulagés que leur fils ait rencontré un Indien sympa au temple : « At least this boy is Indian. [Au moins, ce garçon est Indien.]
Étant donné que Jay, qui est blanc, ne passe pas comme un Indien au premier abord, il n’est pas étonnant que Naveen anticipe leur première rencontre avec un certain mal de ventre. L’atmosphère est, en effet, glaciale, et elle est même intensifiée par la sœur qui est heureuse que, pour une fois, ce ne soit pas elle et son absence de grossesse dont tout le monde parle. Megha et Archit, ignorant que Jay maîtrise bien le hindi, ne cachent pas leur aversion contre lui et contre son style de vie bohémien : « Freelance is an american word for unemployed » [ Travailleur indépendant est un mot américain pour sans emploi.] Blessé, Jay se cache aux toilettes et y fume pour calmer ses nerfs, information qu’Arundhati utilise immédiatement pour attiser une situation déjà tendue. Et Naveen? Dépassé, ce dernier ne réussit pas à défendre son compagnon devant sa famille et à lui donner l’impression d’être accepté tel qu’il est. Serait-ce la fin du couple parfait? Qu’est-ce qu’un couple parfait, au juste? C’est la question que tous les membres de la famille seront amenés à se poser puisque personne parmi eux ne mène une relation d’amour parfaite : Arundhati est en train de divorcer de son mari, couple arrangé par leurs parents; Megha et Archit ne se connaissaient même pas avant leurs fiançailles et à leur époque personne ne s’était intéressé à leurs désirs et opinions… Quel est donc le problème si leur gendre n’est pas un garçon indien typique tant que leur fils l’aime sincèrement et qu’ils sont heureux?
Les contes de fées ne finissent jamais mal et ceci vaut aussi pour ceux homosexuels. Et bien sûr A Nice Indian Boy n’y fait pas exception. Le mariage par lequel le film a débuté marquera également son point de clôture. Mais découvrez par vous-même le rôle que DDLJ joue dans tout cela…
L’intrigue d’A Nice Indian Boy n’offre certainement pas de grandes surprises. Or, il est très bien fait, les dialogues sont drôles et dynamiques et la prestation des personnages est convaincante, surtout ceux des personnages secondaires : Megha et (surtout) Archit dans le rôle du vieux ménage issu d’un mariage arrangé sans amour apparent montrent un jeu beaucoup plus nuancé que ce à quoi on aurait pu s’attendre dans les premières scènes du film.
Bande-annonce
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