« Allô, les extraterrestres? On est là pour vous accueillir! »
Étienne, 10 ans (Isak Guinard Butt) et son petit frère David, 7 ans (Elliot Cormier) partagent tout : leur chambre, leurs jouets, mais surtout leur imaginaire débridé. Lorsque David disparait mystérieusement, Étienne, aidé de ses amis, tente de prouver qu’il a été enlevé par les extraterrestres.
Avec Echo à Delta, Patrick Boivin offre un solide film familial. Il propose un film qui traite de l’imaginaire propre aux enfants ainsi qu’au deuil vécu tant par les adultes que par les enfants.
Echo à Delta va là où peu de films jeunesse vont. Il ose non seulement traiter du deuil, mais il le fait tout en donnant de l’espace à l’imaginaire enfantin et à l’incertitude. Et surtout, il réussit à toucher un jeune public sans perdre les adultes. Et il fait tout ça sans donner toutes les réponses aux enfants. Il les traite comme des personnes dotées d’une certaine compréhension du monde qui les entoure.
Le début du film est d’une beauté grâce à la relation fraternelle qu’on découvre entre les deux garçons que sont Étienne et son petit frère David. Ils ont une chimie incroyable tant en tant que personnages qu’en tant qu’acteurs. Ils amènent le spectateur dans leur univers tant magique que réalité dans lequel les extraterrestres et l’espace sont interreliés et bien réels.
Ce duo est bien entouré de deux parents qui les aiment et qui acceptent de jouer le jeu et d’embarquer dans l’univers de leurs enfants. Cette beauté frappera un mur avec la disparition du petit David. Mais plutôt que de tomber dans la grande déprime mélodramatique ou, au contraire, tomber dans la farce, le réalisateur conserve un ton qui mélange l’imaginaire de l’enfance et la dure réalité de la vie adulte. David est-il mort? Est-il parti avec des extraterrestres? Jusqu’à la fin, le réalisateur jouera avec cette incertitude.
Je parlais de l’imaginaire qui reste bien présent dans le film. Évidemment, il y a le fait que les deux garçons tentent de parler avec des extraterrestres qui est merveilleux. Mais après la disparition de son frère, on voit à plusieurs reprises Étienne s’envoler dans son imaginaire. Ces séquences sont intéressantes alors que le réalisateur anime des objets qui permettent de suivre ce qui se passe dans la tête de l’enfant qui tente de s’évader d’une tristesse. Ici, deux gants qui commencent à marcher et à faire un signe de la main, là des origamis qui prennent vie. Le tout est fait de manière efficace, belle et touchante.
C’est ainsi que le film pourra traiter de deuil sans effrayer ou perdre son jeune public. D’ailleurs, regarder ce film en compagnie d’enfants permet à l’adulte de comprendre que les enfants comprennent beaucoup plus qu’on pourrait l’imaginer. Pour ceux qui seraient inquiêts de faire voir un film aussi tragique à des enfants de 7-8 ans, soyez rassurés, ça passe très bien. En tout cas avec les mieux, ça a touché la cible. Eux qui n’aiment pas vraiment les films « avec du vrai monde ». Même mon plus jeune a été happé par l’histoire douce et triste à la fois.
Oui, il y aura des larmes. Mon plus jeune m’a même dit que le film lui avait donné envie de pleurer. De même pour moi. Mais la tristesse reste empreinte de beauté et de bonté. On aborde, dans ce film, comment le parent peut tenter de survivre à une perte impossible à imaginer. D’ailleurs, le jeu de Maxim Gaudette et Catherine De Léan est parfait.
Echo à Delta ose même questionner nos actions de parents bienveillants. Est-ce que notre bienveillance pourrait, parfois, devenir une mauvaise source d’influence pour nos enfants?
Le film de Patrick Boivin est ce qu’on peut effectivement appeler un film jeunesse. Mais il va bien au-delà de ce que ce genre de cinéma à l’habitude de proposer. Non seulement il ne traite pas son public comme des gamins, mais en plus il se permet d’aller dans des recoins de notre âme.
Oui, il y a les personnages typiques des films d’enfants (l’autre jeune qui l’agresse, l’adulte hors du réseau proche qui devient un allié, etc…), mais ils ne sont pas contraints à leur archétype. Il n’y a pas un personnage qui ressort comme le grand héros. Il n’y a pas de grand méchant. Juste du vrai monde et un peu de réalisme magique.
Pour ceux qui doutent de la qualité du cinéma québécois, ou du cinéma jeunesse, prenez le temps de voir ce long métrage. Vous n’aurez plus la possibilité de dire que ce qui se fait ici est mauvais!
Echo à Delta est présenté aux RVQC, le 23 février 2025.
Bande-annonce
© 2023 Le petit septième