We the Workers

We the Workers – Le combat des justes

We the Workers - afficheLe documentaire We the Workers de Huang Wenhai nous révèle les dessous du miracle économique chinois et surtout le prix à payer pour les travailleurs. Sur une période de 6 ans, le réalisateur a suivi le combat acharné de militants qui se battent au péril de leur liberté et même de leur vie pour que les ouvriers chinois obtiennent des conditions de travail et de rémunération décentes.

Dans un long préambule magnifiquement filmé, on suit des ouvriers de la métallurgie dans leur quotidien difficile et souvent dangereux, des conditions de travail dignes d’un autre temps. Ces travailleurs qui ont quitté leur région natale en quête d’une vie meilleure, qui travaillent dans des conditions misérables et vivent dans des dortoirs surpeuplés.

Des policiers qui se préparent à disperser une manifestation de travailleurs, dans Web the  Workers
Des policiers qui se préparent à disperser une manifestation de travailleurs

Des militants courageux, pourchassés par la police ou par des hommes de main des entreprises, luttent pour améliorer le sort de ces travailleurs et travailleuses. Parce que l’injustice n’a pas de sexe. Et la main-d’œuvre est abondante. Ils ne demandent pas la lune : seulement des contrats négociés collectivement et pas imposés par les seuls patrons tout au bonheur de vendre leur marchandise au plus bas prix possible, pour NOTRE plus grand bonheur… économique.

Le réalisateur de We the Workers Huang Wenhai
Le réalisateur Huang Wenhai

Pendant ce film de 3 heures, nous vivons littéralement avec un petit groupe de militants qui consacrent leur vie à la cause des travailleurs. Probablement comme ces militants de la première heure de notre syndicalisme, ceux d’Asbestos, par exemple, qui ont marqué le Québec moderne. Fille d’un père syndicaliste, qui a milité pour la cause des travailleurs dans les années 50, je reconnais un peu dans ce documentaire ses propos même si le contexte social contraignant n’était pas aussi dangereux, différent certainement de celui qui règne dans une société communiste.

La tension est omniprésente dans le film : entre militants et policiers, parfois entre militants et travailleurs et finalement entre les militants eux-mêmes. Même si le but qu’ils poursuivent est le même, les moyens pour y parvenir ne font pas toujours consensus. Nous sommes alors témoins de discussions orageuses.

Le prix à payer pour oser tenir tête à un régime totalitaire est élevé à plusieurs niveaux. Des familles sont déchirées, des militants sont battus, emprisonnés. Le danger guette à chaque instant. Les « ennemis » sont nombreux. Pourtant, ces militants déterminés défient les autorités et le destin sans jamais reculer. La moindre petite victoire est célébrée. Et quand enfin un premier groupe de travailleurs mais surtout de travailleuses réussit à négocier un « vrai » contrat de travail, on sent la fierté, le regain d’énergie.

Des travailleurs qui célèbrent la conclusion d’une première entente collective, dans We the Workers
Des travailleurs qui célèbrent la conclusion d’une première entente collective

We the Workers est émouvant : le courage et la détermination dont font preuve les travailleurs-travailleuses et les militants sont une vraie leçon de vie. Les conditions objectives de la lutte qu’ils mènent sans relâche sont tellement éloignées de notre réalité. La durée du film, trois heures, nous permet de nous immerger dans le quotidien des personnages, de vibrer aux dangers qui les guettent, de nous réjouir avec eux de chaque petite victoire. Et il nous force à réfléchir encore et encore à ce « miracle chinois » quand nous sommes si contents de faire de bonnes affaires, quand nous achetons « made in China ».

Note : 9/10

* Le film a été présenté dans le cadre des RIDM.

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