Claire, dans Claire l'hiver

Claire l’hiver – Cargo spatial

« Non, non, je ne pense pas que tu fais une dépression. »

Le résumé de Claire l’hiver tient en une ligne : « Alors qu’un cargo spatial menace de s’écraser sur la Terre, Claire traverse un hiver difficile. » Voilà un singulier phénomène, tout comme le film, il faut le dire.

Affiche de J'ai comme reculé, on diraitClaire l’hiver est le premier long métrage de fiction de Sophie Bédard Marcotte, qui y tient le premier rôle. Plus tôt cette année, la Cinémathèque québécoise avait projeté J’ai comme reculé, on dirait, son premier film, un essai documentaire complété dans le cadre d’une résidence au Centre de Création Périphérie de Paris.

Plusieurs passages du synopsis de son essai documentaire s’appliquent également à sa récente fiction. Dans l’un comme dans l’autre, on s’intéresse à la « crise de la mi-vingtaine », aux carrières qui tardent à démarrer, aux emplois ennuyants, aux débauches qui se banalisent, aux ruptures amoureuses.

Les jeux de caméra

Des lumières de Noël suspendues à une tringle à rideaux, dans Claire l'hiver
Des lumières de Noël suspendues à une tringle à rideaux

Si vous aimez les plans et les cadrages parfaits, peut-être serez-vous embêtés par Claire l’hiver. Mais si vous aimez vous faire surprendre, c’est le bon film à visionner. Les personnages sont souvent mal cadrés. On ne voit qu’une partie du visage de Claire, par exemple. La caméra est ainsi déposée, négligemment pourrait-on croire, sur la table. Nous sommes parfois très loin des personnages, la caméra étant cette fois dans l’autre pièce. Parfois, un plan peut être carrément renversé. Et le résultat est intéressant.

La caméra tantôt subjective, tantôt statique, et les plans filmés par les personnages (qui s’échangent d’ailleurs la caméra) créent un ensemble éclaté à l’image de Claire qui tente de rassembler les morceaux de sa vie.

Une femme de sa génération

« Ça va?
Oui.
Oui?
Oui.
Quoi?
Rien. »

Trouver sa voie n’est pas toujours facile. Quand notre relation amoureuse bat de l’aile, que nos projets artistiques sont incompris et qu’on peine à trouver un travail stimulant, on ne peut qu’être dérouté. Et c’est cette déroute qui est dépeinte.

Déroute qui passe dans les plans hétérogènes. Déroute qui passe aussi par la démarche artistique de Claire.

De petits objets détruits par le stress, dans Claire l'hiver
De petits objets détruits par le stress

« Présentez les retombées attendues de la réalisation du projet sur l’évolution de votre œuvre ou de votre carrière (maximum 1 page). »

Claire crée des œuvres à partir d’objets du quotidien qu’elle transforme, qu’elle détruit par le stress. Elle les prend ensuite en photo, sur un socle. Et joint aux photographies des phrases du quotidien, des phrases entendues, lues, qui évoquent une forme de vide. Un vide qui remplit la vie du personnage.

Mais encore…

Isabelle, dans Claire l’hiver
Isabelle (Alexa-Jeanne Dubé)

Outre le générique plutôt space, on est dans le quotidien. Souvent réunis autour de la table, les personnages se racontent sans se raconter vraiment, passent le temps, étudient la matière, inventent. Les amis de Claire (Alexa-Jeanne Dubé et Samuel Brassard), qui seront en possession de la caméra pendant une soirée, s’amuseront à créer un « intermède », qui nous ramène au cargo spatial avec une belle transition pour le retour de Claire. J’adore ce passage, plein de poésie et de musique.

Sophie Bédard Marcotte développe actuellement une exposition photo/vidéo qui sera présentée à la Galerie Espace Projet du 22 novembre au 16 décembre 2017, en collaboration avec Isabelle Stachtchenko, la directrice photo de Claire l’hiver. Une exposition que je compte bien aller voir.

Claire l’hiver est à l’image du cargo spatial : un film perdu dans l’atmosphère, qui risque de vous percuter.

Nous souhaitons la meilleure des chances à Sophie Bédard Marcotte pour la nomination de son film dans la catégorie Focus Québec/Canada.

Note : 7,5/10

* Le film est présenté au FNC le 13 octobre prochain.

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