Aïcha, dans Et au pire, on se mariera

Et au pire, on se mariera – La jeune fille et la mère…

Comme l’enfer, l’amour est pavé de bonnes intentions.

Affiche de Et au pire on se marieraDe nos jours, quartier centre-est de Montréal, environnement modeste près du Stade.

Aïcha (Sophie Nélisse), 14 ans est une ado écorchée par la vie. On ne comprend pas, de prime abord, ce qui la rend si déplaisante et agressive avec sa mère Isabelle (Karine Vanasse). On ne comprend pas parce qu’on nous présente une scène où la vitalité et la beauté d’Aïcha rayonnent lorsqu’elle rencontre Baz (Jean-Simon Leduc) dans un parc. Elle tombe profondément en amour avec ce musicien qui a le double de son âge.

Elle mais pas lui.

Se développe entre les deux une relation de malentendu. Aïcha ment à Baz sur les absences de sa mère et profite de sa grande gentillesse pour s’insérer dans sa vie. Elle joue la jeune prétendante au poste de conjointe du gentil musicien mais, lui, il joue le grand frère protecteur. Elle se frustre à de nombreuses occasions de constater qu’il la considère comme une ado de 14 ans, ce qu’elle est mais refuse d’être.

Aïcha et Baz, dans Et au pire, on se mariera
Aïcha et Baz

Avec Et au pire, on se mariera, le nouveau film de Léa Pool, adapté du roman du même nom de Sophie Bienvenu qui a cosigné le scénario, on ne parle pas d’un grand chef-d’œuvre qui passera à l’histoire au sens des grands films de ce monde, mais s’inscrit comme un document qui traite courageusement d’un sujet de société difficile. Le sujet des fugues des jeunes filles dont les médias ont parlé ces dernières années trouve ici un formidable filon de réflexion.

Bon dosage

Je n’ai trouvé aucune longueur à ce film. Aïcha raconte à sa façon son histoire, du début à la fin. De simple cinéphile au début, j’ai par la suite plongé dans le récit et dans l’écran pour en ressortir touché, les yeux humides et, je pense, mieux renseigné sur le monde des fugueuses-délinquantes.

Aïcha et Isabelle, dans Et au pire, on se mariera
Aïcha et Isabelle

Aïcha n’a jamais pardonné à sa mère d’avoir brutalement congédié Hakim, son beau-père algérien, auquel elle était très attachée. On assiste ici à l’une des scènes les plus intenses et bouleversantes qu’il m’a été donné de voir au cinéma. Karine Vanasse en effet joue ici un moment de pure grâce. Merveilleuse actrice.

La réalisatrice a réussi merveilleusement des retours dans le passé d’Aïcha en faisant jouer son rôle par la jeune sœur de Sophie Nélisse, Isabelle. Belle trouvaille qui fonctionne bien.

Léa Pool réalise encore ici un beau film intimiste, sans grandes scènes spectaculaires, mais sait une fois de plus toucher les cœurs. Une belle jeune ado qui dérape à cause d’une enfance trouble.

Elle suit avec doigté la jeune Aïcha dans sa recherche d’amour. Elle nous amène dans les ruelles, nous fait rencontrer les prostituées Mel et Jo (deux sympathiques travestis), amis d’Aïcha.

Un film rassembleur

Aïcha nous fait évoluer aussi, comme lorsqu’elle corrige le propriétaire du dépanneur qui appelle un film « une cassette » en lui disant que ça fait mille ans qu’on ne dit plus ce mot. Ce film, tourné chez nous, dans notre arrière-cour, possède la grande qualité de nous ressembler. Aïcha est notre fille (ou petite-fille en ce qui me concerne). Isabelle est notre sœur ou fille, les objets, les murs, les ruelles sont chez nous. On n’est tellement pas dépaysés que cette histoire nous happe de plein fouet.

Aïcha danse, dans Et au pire, on se mariera
Aïcha

J’ai beaucoup aimé ce nouveau film de Léa Pool qui parle de beauté et de laideur. De jeunesse et de mort aussi. On dirait que Léa Pool rajeunit.

Avec Et au pire, on se mariera, le monde du cinéma s’enrichit d’une œuvre aussi touchante que nécessaire.

Note : 7,5/10

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